À part une poignée de sceptiques chroniques, plus personne ne doute de la gravité de la situation environnementale et écologique de la planète. Chacun sait que l'enjeu n'est ni plus ni moins le
sort de l'humanité. Et chaque seconde que nous cédons un peu plus à l'immobilisme, scelle un peu plus notre responsabilité aux yeux de l'Histoire.
Coupables de non-assistance à planète et humanité en danger. Nous n'avons que deux choix : ou laisser le temps nous dicter la mutation et l'avenir n'est désespérant que dans cette hypothèse ; ou
conduire ensemble radicalement et progressivement cette société qui conjugue les enjeux écologiques, sociaux et économiques. Subir ou choisir. Ouvrir ou non le Chapitre 2 de notre Histoire
collective et individuelle.
Quand on me demande quelle calamité écologique est la plus importante, je ne peux répondre tant la liste est longue et les menaces à parité. L'érosion de la biodiversité, le dérèglement climatique, la dégradation de nos océans, la diminution drastique d'eau potable accessible, l'épuisement des ressources alimentaires, énergétiques comme des matières premières... tout est crucial et tout est lié...
En cause, notre inaptitude collective et individuelle à la limite. On consume plus que l'on consomme. Nous vivons parfois sous la tyrannie du désir sans trier dans les possibles. Le matérialisme comme principale religion, posséder pour exister, produire pour être puissant : ajoutez l'inimaginable inertie de nos mentalités engluées dans nos habitudes, qui nous entraîne dans un élan incontrôlable ; happés par la fulgurance du progrès, subjugués par la fascination de la croissance quantitative et bercés par l'illusion de la liberté.
Il n'y a pas de fatalisme à s'accommoder de la civilisation du gâchis. Dans une planète aux ressources limitées, nous voyons bien qu'il nous faut tendre vers un nouveau paradigme "mettant honnêtement, sincèrement l'humain et la nature au cœur de nos préoccupations".
Pour pouvoir partager, il faut économiser et le défi se résume à faire mieux avec moins. Une évidence plus encore qu'une conviction, la crise écologique ne peut pas se résoudre sur le dos de la pauvreté. Et les moyens pour y faire face doivent simultanément permettre de remédier aux deux fléaux.
Au-delà des clivages politiques et des écoles de pensée, cette "révolution culturelle" suppose une libération de la créativité et la contribution de chacun pour que l'avenir de notre Terre et de
nos congénères devienne une priorité absolue. Parce qu'à la fois acteur et responsable, chacun de nous a un rôle majeur dans la construction de cette nouvelle société. Plus que jamais le génie
humain ou simplement le bon sens est nécessaire et la mobilisation doit être immédiate. Personne ne doit s'exclure de l'enjeu car personne ne sera à l'abri des conséquences.
Être acteur du Chapitre 2, c'est surmonter les difficultés de la situation présente pour envisager l'avenir, c'est dépasser les frontières de nos peurs et de nos blocages pour imaginer des
solutions nouvelles pour un monde différent.
A chacun d'entre nous de faire sa part.
Nicolas Hulot
Président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme
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